L’alliance des chefs
Majorité au pouvoir

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Lorsque les formations politiques décident de contracter une alliance entre elles, la base est rarement consultée. Généralement c’est au cours des réunions du bureau politique, où la voix des Chefs est prépondérante, que la décision se prend ; la base étant consultée par la suite. Il en résulte un déficit de démocratie qui explique en partie les contestations de plus en plus nombreuses que l’on constate actuellement au sein des partis politiques. Qu’en est-il de la création du Mouvement pour la Renaissance du Niger ?

Plus d'un an après sa création, l'alliance politique qui gère actuellement le pouvoir, à savoir le Mouvement pour la Renaissance du Niger (MRN) semble tenir le cap. Du moins, c'est ce qu'elle laisse apparaitre. Pourtant, au niveau de la base, on ne manque pas d'entendre d'autres sons de cloche…

Le MRN, sur les cendres de la CFDR A l'origine, il y avait la Coordination des Forces pour la Démocratie et la République (CFDR), cette alliance des forces politiques et sociales en lutte contre le « tazarce » (prolongation de mandat hors constitutionnel) du président Mamadou Tandja. Puis à la faveur des élections générales organisées par la transition militaire qui a mis fin à la 6ème République, la configuration politique risque d'être complètement bouleversée, d'où la création du Mouvement pour la Renaissance du Niger (MRN) avec à son opposé l'Alliance pour la Réconciliation Nationale (ARN).

Les forces politiques de la majorité Elles sont environ une vingtaine de formations politiques à composer le MRN même si elles ne sont que cinq à composer la majorité parlementaire. Il s'agit du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS Tarayya) du Président de la République, Issoufou Mahamadou, du Mouvement Démocratique Nigérien pour une Fédération Africaine (MODEN/FA Lumana/Africa) du Président de l'Assemblée Nationale, Hama Amadou, de l'Alliance Nigérienne pour la Démocratie et le Progrès (ANDP Zaman Lahiya) du Président du Conseil Economique Social et Culturel (CESOC), Moussa Moumouni Djermakoye, de l'Union pour la Démocratie et la République (UDR Tabatt) du Ministre d'Etat, Amadou Boubacar Cissé et du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP Jama'a). Ce sont les grandes figures la majorité actuelle par lesquelles passent les grandes décisions de la gestion de l'Etat. Avec tout logiquement le PNDS et le MODEN qui constituent le noyau central de la majorité.

Le MRN, une alliance des chefs? Les deux principaux leaders du MRN, à savoir Mahamadou Issoufou du PNDS et Hama Amadou, sont des personnalités fortes. Tous deux ont une base sociale et électorale incontestable. Ce qui les confère une autorité qui limite considérablement la contestation de leurs décisions relatives aux orientations de leur parti politique. A contrario on imagine mal comment le MRN aurait pu naitre se ces deux leaders n’en étaient pas l’inspirateurs.

L’ANDP Zaman Lahiya a été de tout temps un parti personnalisé sinon personnifié. Ce n’est pas du au seul fait de la coïncidence si c’est le frère du père fondateur, feu Adamou Moumouni Djermakoye, qui lui succède à la tête du parti ! La candidature du général en retraite Moussa Djermakoye a été de ce point du vue perçue comme celle du consensus. Certes les militants de ce parti sont connus pour être des contestataires mais ils savent également faire taire leurs dissensions quand l’enjeu est crucial.

Les tontons Cheifou (RSD) et Algabid (RDP) sont des hommes sages. Qui gèrent leurs partis avec une expérience consommée des hommes. Les dissensions au sein de leurs partis respectifs se règlent rapidement par la voie du dialogue. La nature des relations entre leader et militants sont évidents au sein de l’UDR Tabatt de Cissé Aboubacar. Au demeurant on ne connaît pas très formation politique dans la mesure où sa représentation actuelle au sein de l’Assemblée Nationale (5 députés) ne correspond pas à son poids réel. En effet, du fait d’un problème de procédure, la CDS a donné à ses militants la consigne de voter pour L’UDR. Dans ces conditions, on peut raisonnablement se poser la question de savoir quelle est l’autorité que peut exercer le leader sur certains de ses « militants ».

Des foyers de contestation En dépit de la cohésion relative qui existe entre les différents partis politiques de la majorité, des éléments de dissensions sont apparues ces derniers temps en leur sein. Notamment à propos de la répartition des postes de la haute sphère de l’administration entre les partis membres de l’alliance au pouvoir.

C’est ainsi que les nominations aux postes de responsabilités de l'Etat suscitent actuellement des grincements de dents au sein de toutes les formations politiques de la majorité. Notamment au niveau des deux grands partis de l'alliance au pouvoir. Au point qu’un confrère devait évoquer à ce sujet dans une de ses livraisons, la tentative de création au sein du MODEN Lumana par exemple, d'un « front dit des frustrés et déçus ». Le même genre de contestation existe au sein des autres formations politiques membres du MRN. Il est généralement reproché aux leaders de privilégier leurs proches dans les nominations aux hautes fonctions de l'Etat au détriment des militants méritants. Il y a ce mécontentement général mais on ne manque pas aussi de sentir une certaine rivalité entre les militants de deux principaux partis de la majorité, les lumanistes reprochant à leur principal allié de se tailler la part du lion dans le partage du « gâteau ». En désespoir de cause, un militant d'un parti membre du MRN devait manifester son mécontentement en ces termes : « Notre alliance est une alliance de chefs et non des militants à la base ».

Si de telles dissonances devaient persister où même prendre de l’ampleur, il est à craindre qu’à la longue elles ne soient à l’origine d’une crise qui peut menacer les fondements de l’alliance. Certains vont jusqu’à penser qu’il n’est impossible qu’elles entraînent une recomposition de l'échiquier politique national !

Omar Kane

mardi 31 juillet 2012

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